En première partie, discussion sur le dernier ouvrage d’Anne-Cécile Robert « La Stratégie de l’émotion », (09/2018) quand l’émotion « remplace » la raison.
« Des émissions de divertissement à l’actualité médiatique en passant par les discours politiques, le recours à l’émotion est devenu l’une des figures imposées de la vie publique. Si les émotions, positives ou négatives, enrichissent l’existence, cette forme d’expression peut poser de redoutables défis à la démocratie lorsqu’elle se fait envahissante et tend à remplacer l’analyse. » Diplo février 2016

Robert nous présente l’ouvrage et ouvre le débat.

Pour progresser dans le débat, on peut aussi écouter le point de vue de Frédéric Lordon. « Faire de la politique, c’est faire avec la matière passionnelle qu’offre la conjoncture — car il n’y en a pas d’autre. » Frédéric Lordon (lire en entier), on y découvre la manœuvre qui s’est déroulée à propos du manifeste sur les migrants qui fit polémique et plus généralement comment on peut mobiliser des émotions pour faire de la politique.

Pour ceux qui n’ont pas eu le bonheur de lire António Damásio, (L’Erreur de Descartes : la raison des émotions, 1995, et Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des émotions, 2003) un neurologue qui resitue l’émotion dans un cadre plus scientifique (neurologie), on peut découvrir que notre idée préconçue sur l’émotion, la vision cartésienne, ne correspond pas au vécu médical, au rebours de la vision de Spinoza qui, elle, colle bien avec la pratique clinique.
On peut utilement tenter de comprendre cette idée, dans quelques vidéos (en particulier, la deuxième Émotion et Cognition. Et songez que si vous la suivez jusqu’au bout, vous comprenez la relation avec Spinoza) :

http://robert.martin.itemgiven.net/a-la-rencontre-de-antonio-damasio/

Finalement, nos émotions, qui accumulent toute notre expérience vivante, introduisent dans le raisonnement en cours toute notre histoire vivante comme un guide et sont indispensables au raisonnement.« L’émotion est le véhicule de l’idée », pas con, le Spinoza. Ou comment, en découvrant les cas cliniques où le cerveau dysfonctionne, on arrive à percer quelques secrets de son fonctionnement, ce que Frédéric Lordon, toujours flamboyant et génial dans le raccourci, nomme l’heuristique de la foirade. Un autre qui, après Bourdieu en sociologie, redécouvre Spinoza, lui, dans sa pratique de l’économie.

et pour comprendre la notion de ‘conscience’, à la fois si commune et si complexe, une vidéo éclairante de Damásio, pour en prendre conscience justement :
https://www.ted.com/talks/antonio_damasio_the_quest_to_understand_consciousness?language=fr#t-164423

Spinoza  (1632-1677) mort à 44 ans et Descartes (1596-1650), mort à 53 ans ont été contemporains. Deux génies, Descartes faisant reposer sa vision sur l’existence de dieu et Spinoza résolument athée. Tiens, tiens ?
Si l’on situe Pascal (1623-1662), mort à 39 ans. Ils étaient tous vivants de 1632 à 1650. Étonnant, non ?


En deuxième partie, on s’interroge sur le narcissisme des petites différences, un concept freudien qui décrit comment, quand tout nous réunit, on a besoin de se distinguer en mettant en avant de menues différences de point de vue pour pouvoir se déchirer. Ou encore quelle est la meilleure manière de fragmenter un ensemble où tout le monde s’entend sur presque tout ? Et pourquoi ?
Idée furieusement d’actualité dans le camp progressiste actuel.

Et là, ce sont Françoise et Jean-Claude qui s’y collent.

    Cet aspect étrange de notre manière de fonctionner ne permet-il pas d’approfondir avec Darwin ? Nous sommes en compétition en tant qu’individus mais nous avons survécu grâce à notre capacité de solidarité dans le groupe. La diversité des comportements (ou des individus) n’est-elle pas aussi indispensable que la diversité biologique pour pérenniser la vie ? Le narcissisme des petites différences n’est-il pas le truc inventé par la nature, le moyen qui permet à l’espèce de déployer de la différence quand on tend vers l’identique ? De réintroduire la diversité nécessaire à la vie ?

En complément, on se référera utilement à L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau, d’Oliver Sacks (1988), en particulier à la 2° partie, ‘ce que nous avons en plus’ ou encore, comment on trouve des aspects géniaux (quasiment magiques) du fonctionnement cérébral, à condition qu’une partie importante soit inhibée. Les idiots géniaux, quoi.
Toujours un apport des sciences dures dans les sciences sociales, de la neurologie clinique vers la psychologie. Une autre astuce, pour l’espèce, de générer des génies utiles au groupe à partir de leurs manques. Vinci était dyslexique au départ …

Peter Brooks en a tiré une pièce « L’Homme qui« , à partir de quelques cas cliniques :